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Alexey Ulyukaev: Nous allons retrouver le chemin de la croissance

10.09.15

Le ministre russe du Développement économique fait le point sur une économie dans la tourmente.

Comment continuer à parler de développement économique malgré la chute des cours du pétrole?

Depuis que nous avons adopté une politique de change flottant il y a dix mois, notre devise chute au même rythme que le cours du pétrole, ce qui permet d'assurer une stabilité des recettes budgétaires en roubles. Le budget fédéral est donc protégé. Certes, les ménages et les entreprises qui n'ont pas accès à des marchés étrangers souffrent en termes de pouvoir d'achat de produits importés. Mais cela joue comme un puissant stimulant à la substitution par des produits nationaux, que je vois à l'oeuvre depuis quelques mois, notamment dans l'alimentaire. C'est une nécessité pour réduire notre dépendance envers la rente des hydrocarbures et pour dynamiser nos industries. Notre hypothèse de travail pour les grands équilibres macro-économiques est que le pétrole se stabilise à 50 dollars le baril l'an prochain. Mais nous avons aussi effectué des stress-tests avec une hypothèse pessimiste de 40 dollars et la stabilité macro-économique y survivrait quand même.

Il faut aussi compter avec le poids des sanctions...

Pour ce qui est des sanctions, elles ont beaucoup moins d'effets que la chute du baril, qui touche tous les paramètres d'épargne, de revenus, de crédits ou de commerce. Cela a un impact sur des points particuliers, comme le montre la chute de 18 % l'an dernier et de 44 % sur les sept premiers mois de l'année du commerce bilatéral avec la France, mais ne n'est pas trop déstabilisant au niveau national. Au total, sauf crise internationale majeure, nous devrions retrouver le chemin de la croissance l'an prochain, avec une inflation ramenée à 7 % contre plus de 15 % actuellement, du fait que les effets de la dévaluation du rouble cesseront de se faire sentir.

Comment piloter la diversification économique au centre des discours mais qui ne se traduit pas dans les faits?

C'est une stratégie urgente au vu de la chute du prix du pétrole et qui repose sur une amélioration du climat des investissements, notamment étrangers, et sur un développement des PME. Ce que nous avons commencé à faire en clarifiant et en simplifiant des procédures administratives, en instaurant des zones économiques spéciales, des garanties à l'exportation, des partenariats public-privé, le guichet unique pour les entreprises, ou en travaillant à ce que les grandes entreprises publiques effectuent au moins 15 % de leurs achats auprès des PME russes. D'ailleurs, notre classement dans le rapport « Doing Business » effectué par la Banque mondiale s'est amélioré, pour remonter au 62e rang. Notre chance dans l'adversité, si je puis dire, est que le secteur pétrolier n'est actuellement plus assez rentable pour « cannibaliser » le reste de l'économie en concentrant profits et investissements. Nous passons d'un syndrome néerlandais (1) à son inverse, en quelque sorte, ce qui n'est pas simple à gérer mais fournit une opportunité à nos industries nationales, notamment dans les produits de consommation, infrastructures et hautes technologies.

Croyez-vous vraiment que les investisseurs étrangers vont affluer au vu des faibles garanties apportées au droit de propriété?

Il ne faut pas surestimer ce problème et d'ailleurs les investisseurs que j'ai rencontrés lundi au Medef ne m'ont pas fait part d'inquiétudes particulières sur ce point. Nos partenaires voient bien qu'il n'existe pas de projet de renationalisation et qu'un programme de privatisations a été lancé, même s'il est à l'arrêt en ce moment, car les conditions de marché ne sont pas bonnes.

Yves Bourdillon, Les Echos

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